Comment je buvais mon café tranquille tout les soirs quand j’étais animatrice.

Voila il est 23h, je suis posée dans l’herbe tranquille à siroter mon café. De la ou je suis, je vois toutes les lumières du bâtiment dortoir encore allumées, et j’entend les animateurs qui, chacun dans la chambre qui leur a été attribuée, râlent, qui parlent, qui essayent de se faire entendre au dessus des cris des gamins surexcités. Et, à la Astérix: toutes? non, deux fenêtres sont noires. Que ce passe t’il dans cette chambre? Elle est inoccupée?

Non, c’est juste ma chambre, avec « mes » gamins, et je savoure ce moment merveilleux ou on se dit que quand même, mine de rien, on doit etre un petit peu dans le vrai 🙂

Le truc « traditionnel » quand on est animateur, c’est de gueuler. Je dis pas ça pour vous foutre la trouille si vous voulez mettre vos gamins en colo hein, on en a tous connu des animateurs gueulards, qui confondent autorité et volume de la voix. Si on cherche bien, y a beaucoup de parents dans le même cas aussi… Étant gamine, j’avais survécu à ça (les bonheurs de la colo, même avec des animateurs cons, c’est vraiment quelque chose de génial….et puis, y a toujours des sympa dans le lot…ce qui rend les autres encore pires vu qu’ils sont jaloux de ne pas être eux aussi des chouchoux des gamins….) et étant animatrice, j’avais décidé de ne pas faire partie des gueulards.

Un jour je vous parlerai de la formation [de m***e] qu’il y a pour etre animateur, ou de l’envers du décor, mais pour le moment sachez juste que niveau « pédagogie » (« ouais c’est un truc pour les profs ça, nous on en a pas besoin pour etre animateurs » ) la formation est quasi proche du zéro. Donc, quand le soir, aprés avoir fait une animation bien remuante, genre une chasse au trésor, ou une boum (<3 ) il faut coucher les gamins. Et la, c’est du cri. De la menace. Du volume sonore. Des rires de gamins dés que la porte est fermée. Ca dure a chaque fois trois quart d’heure, et ce sont toujours les gamins qui gagnent à la fin, parce qu’ils ne capitulent jamais (même si ils s’endorment finalement, mais parce qu’ils sont crevés, sinon, ils auraient bien continué ).

Sauf, les miens.

J’ai toujours eu un « feeling » avec l’éducation, ou le « posage de règles » ou le respect sans violence, même si à l’époque je savais pas que ça s’appelait comme ça (ou même que c’était une « vraie » façon de faire ) si il y a UN truc dans lequel je suis douée, je pense que c’est ça: comprendre les gens que j’ai en face, adapter mon attitude à eux, ne pas demander l’impossible, poser des règles simples, et me faire respecter tout en étant leur adulte préférée. J’arrive au bout du paragraphe je me la pete, mais je ne haussait jamais la voix en colo (sauf quand les gamins étaient 150 évidement ^^ )

Et donc, le coucher?

Trés simple, le premier soir, je m’étais posée au centre du champs de bataille de la chambre. J’avais attendu d’avoir l’attention des gamins, plutôt que de hurler qu’ils devaient s’arrêter et m’écouter au garde a vous. Ca avait pris quelques minutes, mais comme les gamins sont curieux, ils finissent par attendre de savoir ce qu’on leur veux 🙂 Et j’avais pu leur exposer mon plan diabolique:

« Alors, je sais que normalement, je suis sencée venir vous coucher. La journée est finie, la, il faut dormir normalement. exposé et résumé de la situation qui est pas marrante.

« Mais, [très important le « mais] je sais aussi que vous êtes en vacances, que vous avez des règles toute l’année et que vous avez envie de vous lâcher un peu [je vous comprend] en plus vous êtes entre potes, donc c’est clair que vous avez pas envie de vous coucher comme ça. [je vous comprend] Mais ( ^^ ) de mon coté, mon boulot c’est de vous coucher [je sais que vous êtes CAPABLES de me comprendre aussi] et honnêtement j’ai pas envie de me prendre le choux avec vous, parce que les vacances, c’est fait pour passer un bon moment, pas pour s’engueuler. [on est forcement d’accord] Donc, je vous propose qu’on passe un arrangement [je vous reconnais comme personne avec qui « traiter » c’est valorisant pour un gamin] entre nous, qui puisse etre quelque chose de bien pour vous comme pour moi [je propose quelque chose d’équitable].

Je vais partir de cette chambre, pendant, disons 15 minutes. * j’enlève ma montre et je la met sur un tabouret au milieu de la pièce* Pendant ces 15 minutes la, on fait ce que vous vous avez envie de faire. C’est a dire que vous faites LA bataille de polochon, vous vous éclatez, vous vous retrouver tous dans le même lit pour papoter, vous faites ce que vous voulez. [je laisse de la liberté, je donne quelque chose par rapport au fait qu’ils sont censés dormir maintenant.] Et au bout de ces 15 minutes, je reviens, et là par contre, on dors. [énoncé clair de ce que je demande] Comme ça, on fait un peu ce que vous voulez, un peu ce que moi je veux. [donnant donnant! ]

Et si vous m’écoutez pas quand je reviens, demain, je ne vous donne pas ces 15 minutes. [identification claire des conséquences (j’aime pas « punition ») de leurs actes.] Ok, je vous fait confiance? [hyper important] « 

Et souvent (surtout dans les chambres de mecs hi hi hi) les petits gamins de 10 ans, super fiers qu’on leur propose un « deal » et qu’on  fasse un « pacte » viennent et d’un air super sérieux me tapent dans la main. (rien que d’y repenser ca me fait sourire)

Je me tire. Je ne triche pas. Je ne reste pas a la porte pour les espionner. Ils ont leur quart d’heure.

Et quand je reviens, JAMAIS je n’ai eu de protestations. Tout le monde était bien épuisé, satisfait d’avoir pu faire ce qu’ils voulaient, et fiers d’honorer leur « part du contrat ». Alors je leur donnait 15 minutes de plus oui. Mais vu que ceux qui se battaient mettaient une heure avant de « gagner » (quel horrible concept, je n’ai jamais « gagné » contre mes gamins) la paix de la chambre, en fait, j’avais toujours 45 minutes tranquille à me poser dans l’herbe.

Y avais une variante qui consistait a raconter tout les soirs la suite d’une aventure médiévale fantastique , en arrêtant pile poil quand c’est passionnant, et « la suite demain si vous êtes aussi cool qu’aujourd’hui les gars 🙂 »  (positif: je vous raconte la suite si vous êtes comme aujourd’hui, et non pas  « si vous êtes pas sages demain vous aurez rien  » ^^ ) Pour les connaisseurs, je racontait Lanfeust de Troy ^^

Vous voulez le plus triste? Malgré le fait qu’ils me voyaient etre tranquille, qu’ils voyaient que ma chambre était toujours zen, aucun animateur ne m’a jamais demandé comment je faisais…

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21 réflexions sur “Comment je buvais mon café tranquille tout les soirs quand j’étais animatrice.

  1. ppfiou! alors moi j’ai connu ça en tant qu’ado en colo, je n’ai jamais été mono. Mais y’en avait des insupportables!! Mais j’ai l’impression qu’il y avait quand même une majorité d’animateur qui avait tout compris, comme toi. Et je garde de merveilleux souvenirs de mes colos, en partie grâce à ça. Qu’est ce que je donnerais pour revivre ces moments de mon adolescence!!!!! J’ai adoré mes étés en colonie.

    °o°

    • heureusement quand on est gamin on retient + les bon moments 🙂 mais j’ai + vu d’anim cool et compréhensif en tant que gamin qu’en tant qu’anim….j’ai meme gardé le contact avec certains pendant des années….

  2. et bien je ne sais pas qui tu as été formée mais malheureusement tu t’es trompée de porte.
    J’ai été formée par une association qui prône les valeurs de l’Education nouvelle et active, et pas que sur le papier. Les formations tentent vraiment de faire émerger chez les jeunes cette sensibilité aux pédagogies actives et à l’écoute et au respect dont on a besoin pour être un bon animateur.

    Il y a des colos / centre aérés / (je vais même étendre au périscolaire car j’y bosse) où l’enfant est respecté dans son rythme, dans ses choix, et où on vit en liberté, ce qui ne veut pas dire anarchie on s’entend hein.
    On se lève quand on est réveillé, on mange si on a faim, on fait l’activité qu’on a proposé et choisi (et pas celle qui est marquée sur le planning fait par l’adulte), on se couche quand on est fatigué, en veillant à ne pas déranger les autres.
    On a la parole, on nous écoute.

    Quant à la formation des animateurs, j’y reviens vite fait, la grosse moitié de la grille de formation est blanche pour laisser aux jeunes la possibilité de réfléchir à leurs besoins de formation, de faire le point sur leur formation. Il y beaucoup de temps de réflexion et d’écriture, à côté bien sûr de la législation, sécurité….
    Quant à l’activité, elle est vue non pas comme une fin en soi mais comme un moyen, pour atteindre les objectifs pédagogiques. Seront mis en avant les activités en auto-gestion, l’autonomie, les jeux à jouer, les jeux de coopération, les activités d’expression, d’expérimentation….

    Je ne dis pas que tous les animateurs formés par cet organisme sont des perles, ça reste des individus, mais la formation fait le maximum pour créer le déclic, et moi je l’ai eu.

    Si tu veux des bonnes adresses pour les colos de tes gamins tu m’appelles gros.

    • J’ai fait des colo avec la FOL lorraine, et un jour de vous parlerai d'(eux parce que ce sont des gros cons. Mais genre des gros. En tout cas dans les années 2005 oui. Y a eu de la magouille, du refus de me valider mon BAFA parce que j’avais ouvert ma gueule, bref.

      C’est fchouette qu’il y ai des formations maintenant qui prenent « vraiment » l’enfant en compte…

  3. enfin c’est vrai, il y sans doutes des formations moins formatives, pour pas être vulgaire, « jeunesse et sport » devrait avoir un cahier des charges plus stricte !

  4. j’ai jamais été animatrice, mais j’utilisai un peu le même procédé, juste pour avoir le calme dans la classe, j’étais atsem, et surveiller 30 gamins seule quand l’instit partait juste pour 5 min (soi disant…, mais elle partait des plombes en vrai… on avait pas la même notion du temps lol)

  5. Je suis trop fan DE CET ARTICLE?
    je crois que tu a du passer le b*f*… en tout cas moi j’ai fait ca, et le « stage théorique  » ou on l’est censé apprendre a « s’occuper des enfants » , ben le mot pédagogie n’est jamais apparu, j’ai attendu, attendu… et rien. je suis rentré chez moi, ayant fait de la balle au prisonnier et d’autres anims, ca oui on a bien appris a lancer un ballon, courrir, lancer un ballon … construire un bonhomme avec des bouchons de bouteilles oui oui… mais j’ai eu l’impression d’être le gamin a la colo… pas d’apprendre comment gerer le quotidien des jeunes, et surtout ceux en difficulté. Alors Nas je veux bien les infos sur cette formation que tu as eu et les établissement qui pratique cette pédagogie si un jour l’occasion se présente je m’y remettrais bien ,merci.(se coucher quand on est fatigué ca c’est une bonne idée , parce que oui bon sang les enfants bossent toute l’année et pour les vacances on les obligerait en plus a se coucher tot, ca me ferais bien suer a leur place)
    🙂
    en tout cas bravo d’avoir trouvé toute seule les moyens magiques Olympus , c’est pas donné a tout le monde.Comme tu dit , » je vous comprend » je crois que c’est de la que tout part et qui donne le truc pour bien communiquer. Je l’ai aquis naturellement en négociant avec mes petits freres et soeurs (4 et je suis l’ainée) et ce « feeling » je ne l’ai pas perdu, si bien que c’est moi la gardienne de la table des enfants aux réunions de familles :p mais je trouve ca tellement agréable d’être écouté et de s’amuser avec eux plutot que de hurler dessus et de regarder leur jeux avec envie et parfois mépris ,comme beaucoup d’autres adultes. c’est vrai non c’est vraiment du bonheur?! les comprendre pour mieux les aimer !

    • Voila a l’epoque je trouve que dans les formation que j’ai eu c’etait plus apprendre a occuper les gosses, oui les regfles de sécurité, les activités manuelles, etc etc mais la pédagogie, zero quoi.

  6. Rhalala, çà me rappelle les deals que je passe avec la Têtarde (2 ans 1/2 hein) : « t-shirt ou débardeur ? », « ce pantalon ou bien celui-là ? »
    Le but étant qu’elle finisse par le mettre ce p….. de pantalon.

    P.S. : les deux sont de toute façon pré-approuvés par la môman (moi) s’il faut le préciser.

  7. Chouette experience. Moi je n’ai pas trop ressenti ce manque d’enseignement sur la pédagogie infantile, surement parce qu’aussi comme toi j’ai une facilité à me rendre compte des besoins des autres et à m’y adapter sans que l’on me le théorise.
    Dommage que l’association qui t’as formé n’etait pas terrible. J’espere que t’as quand mm pu t’épanouir dans quelques colos !
    En tout cas pour moi, les colos en temps qu’enfant ou qu’animatrice, ca reste des periodes vraiment super ! J’espere que j’en trouverai des bien pour Mon P’tit Bout !

  8. Ah ces bons souvenirs de super mono qui racontait plein de super histoire le soir avant de dormir….
    C’est un parfait Post d’été !!!

  9. alalala les colos!!!!! comme sa me manque…. bon ok jai plus lage dallé en colo moi 😉

    les colos cest juste lendroit super cool loin des parents quand tu est gamin 🙂 tu apprend plein de truc du genre, te debrouiller tout seul pour dhabiller et te brosser les dents, tu te sociabilise a fond, tu apprend a embrasser et cest super important lol ….

    bref moment nostalgique ^^

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